Se sentir différente (asperger zébré ?)

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Depuis quelques années je tombe sur des articles traitant du syndrome d’autisme asperger, ou encore des personnes hypersensibles dites « zèbre » . Je me retrouve énormément dans les deux. Sans savoir précisément où me situer. Se faire diagnostiquer ? Pourquoi pas, un jour, histoire « de savoir » et de poser un mot. Histoire de me dire « haaaa d’accord. Je comprends mieux. »

Car entre se sentir différent et savoir que l’on est différent, il y a un monde.

Se sentir différent entraine plutôt un doute, voir une culpabilité, un malaise, une impression d’être anormal. Alors qu’être diagnostiqué « différent », apporte une raison, une cause rationnelle et explicable à notre fonctionnement…  un « ok, je suis juste né ainsi ».

Donc se faire diagnostiquer, non pas dans l’idée de s’enfermer, de s’isoler, et de se mettre encore plus en marge. Mais pour mieux se comprendre, déculpabiliser. Mieux s’assumer.

Je me sens différente depuis toute petite. Comme si j’avais l’impression de détenir tout au fond de moi des ressentis auxquels personne d’autre n’avait accès. Pas intellectuellement parlant… mais émotionnellement. Déjà, dans la cour de l’école primaire, je ressentais une sensibilité, un intérêt pour les questions existentielles qui ne semblaient tourmenter aucun autre de mes camarades à cet âge-là…

Je me demandais souvent « pourquoi moi ? ». « Pourquoi je suis ici ?». Je trouvais cela tellement surréaliste d’être incarnée dans ce corps qui m’était étranger, avec tous ces gens, et à cette époque. Comme si… je n’étais pas vraiment chez moi. Quel était mon but et où devais-je aller ? Que devais-je faire ? Et le sens de tout ça ?

Je me balançais, je me berçais souvent, à la manière «  »classique » » des autistes. Dans le canapé pour m’apaiser. Ou le soir pour m’endormir. Puis, jusqu’à un âge assez avancé, assise, en lisant…

En grandissant, je ne comprenais pas toujours ce qui se faisait ou non. Comment devais-je me comporter ? Je me sentais décalée. Comme s’il me manquait des codes. Je pouvais parfois choquer par des attitudes qui me semblaient pourtant naturelles. Ou inversement : penser que mon comportement n’allait pas passer alors que c’était précisément celui que je « devais » adopter pour m’insérer socialement. Ce qui m’a valu tant et tant de maladresses… J’ai énormément observé et « copié » les autres, pour savoir ce que je devais faire.

J’ai très tôt développé des passions. Un couple de comédiens m’a transmis le virus du théâtre et de l’époque médiévale alors que j’avais 5 ans. Je suis ensuite rapidement tombée amoureuse de tout ce qui touche de près ou de loin à la scène, et au monde du spectacle en général : la danse, le chant… A 10 ans j’étais absorbée par des films « d’adulte » tels que Hitchcock, ou encore par des films traitant de la résistance pendant la seconde guerre mondiale. Ce sujet m’a toujours fascinée, prit aux tripes, comme si je l’avais moi-même vécu. J’ai aussi découverts à ce moment-là la médecine naturelle, en dévorant le livre entier de Rika Zarai. Je me suis mise à écrire. Énormément. Des poèmes, des contes, des chansons… tout ce qui me traversait l’esprit, tel un exutoire.

Je me suis construis tout un monde. Mon monde. Mon échappatoire. Rêver me permettais d’échapper à cette vie dans laquelle je ne me sentais pas à ma place, au milieu des gens que je jugeais trop violents, trop méchants.

Je me sentais riche à l’intérieur. Mais je n’arrivais pas à exprimer toute cette richesse que je vivais, au monde extérieur. C’était un peu comme si j’étais socialement handicapée. Sauf avec les quelques –et très rares- personnes très proches avec lesquelles je me sentais totalement en confiance. Heureusement, je me suis rapidement constituée une famille d’âmes…

J’avais du mal à aller vers les autres. Je me demandais toujours ce que l’on attendait de moi, et je ne comprenais pas très bien les codes. De plus, les sujets de conversation ne m’intéressaient pas. Je ne me retrouvais pas.

Au collège, j’ai rapidement été mise à l’écart. J’ai passé 2 années seule. Vraiment seule. Incroyablement seule. Je mangeais seule au self chaque midi. C’était d’ailleurs très difficile de trouver une table, car les gens s’installaient en groupes. Puis j’allais à la bibliothèque. A toutes les récréations. On se moquait de moi : je n’étais pas habillée « à la mode », je ne parlais pas beaucoup. Et quand j’osais l’ouvrir c’était le plus souvent inadapté. Les autres filles portaient des jeans moulants, faisaient les belles, sortaient avec les garçons… ce n’était pas pour moi. J’ai été victime de harcèlement. On m’a poussée dans les escaliers. Ou bien on m’insultait jusqu’à ce que je craque. On me tendait des pièges pour ensuite bien rigoler…

Heureusement, j’ai redoublé ma 5ème (total décrochage scolaire) et je me suis retrouvée avec une autre extraterrestre : ma meilleure amie (toujours à l’heure actuelle :-)).

L’adolescente que je suis devenue a vite détourné toute cette… différence, va-t-on dire, pour se protéger et se forger une carapace. J’ai joué, je me suis amusée avec cette marge. Je me suis démarquée par mon style vestimentaire, par la musique que j’écoutais… j’étais différente non ? Alors autant bien le montrer au reste du monde…

Au lycée cependant, je me suis assagie et j’ai tout fait pour me sentir comme tout le monde. En adoptant les attitudes, les façons de parler, de s’habiller, les centres d’intérêt. Je voulais me fondre dans la masse. Ne pas me faire remarquer. Ce que je ne savais pas, c’est que ce petit jeu dans lequel j’étais rentrée allait en fait durer des années et des années… et finir par m’épuiser. Je ne savais plus qui j’étais. Et je devais fournir une énergie incroyable pour m’adapter aux autres en permanence.

Je me suis retrouvée, véritablement, lors de ma séparation il y a 2 ans et demi. Soit à 32 ans. J’ai réussi à « m’analyser ». A savoir ce qui me convenait, et ce qui me convenait moins. Les bons aspects et les moins bons, de ma différence. Les faciles à vivre et les plus difficiles à gérer. Ma manière de fonctionner, jusqu’alors étouffée.

J’ai appris à vivre avec mes émotions et mon hypersensibilité. Très longtemps, elles ont représentées un fardeau, une faiblesse, une fragilité. Presque une honte. Aujourd’hui, je les accepte comme un cadeau de la vie. Longtemps, j’ai eu l’impression de « ressentir trop, tout », à une intensité démesurée. Comme si, sur une échelle de 1 à 10, les autres vibraient sur du 3 et moi… sur du 10.

J’ai appris à l’assumer, et même si je fais encore souvent des efforts pour m’adapter aux autres, je ne vais pas non plus sans cesse à l’encontre et à l’opposé de moi-même comme je pouvais le faire avant. Et je sais comment me ressourcer. Très important…

Tout ce qui plait à la plupart des gens ne m’attire en général pas (les cocotiers, les fêtes avec beaucoup de monde et de bruit, le 14 juillet,  la télévision, recevoir du monde…) voir même m’oppresse et m’épuise, car ça représente trop de stimulis… . Les conversations avec des personnes qui ne sont pas proches me pompent beaucoup d’énergie.

Quand je reçois des gens chez moi, je me sens vite envahie dans ma bulle, dans mon cocon, dans mes énergies. Comme en insécurité. Je n’aime pas que l’on touche mes affaires. J’ai besoin d’avoir mon monde, un abri pour me retrouver. J’aime le calme et la tranquillité. Je ne supporte pas la vulgarité « lourde » et répétée, ni les personnes sans gêne. Je me sens choquée. Je prends rapidement peur. Je fuis. Les personnes raffinées me rassurent et obtiennent ma confiance plus facilement.

J’ai besoin d’une routine. D’une organisation. D’un cadre stable. De propreté, de clarté, de rangement. De vie saine. Même s’il m’arrive de faire des excès, je fais en général très attention à ma nourriture. Si mon mode de vie n’est pas un minimum équilibré, je m’épuise très vite, physiquement et nerveusement.

J’aime pourtant l’innovation, je recherche constamment la nouveauté. Si je n’avance pas, si je n’évolue pas, je m’éteins. Mais si je cherche à  me lancer de nouveaux défis, je m’arrange toujours pour le faire dans un cadre sécurisant. Je saute, mais avec un parachute…

J’ai besoin de sentir que je peux avoir confiance en mon entourage. Totalement. Que je peux compter sur lui. Je préfère avoir 2 vrais amis que toute une bande de contacts de laquelle « je ne suis pas tout à fait sure… ».

Certaines fêtes me rendent tristes, depuis toujours. Déjà, toute petite, vers 5 ans, le réveillon du jour de l’an me donnait envie de pleurer… je pensais déjà à l’avenir, aux événements douloureux de la vie qui surviendraient, à la vieillesse de mes parents inévitable un jour… quelle enfant de 5 ans pense à ça une veille de 1er janvier, alors que tout le monde danse et ri ?

J’ai depuis toujours un net manque d’intérêt pour les activités sociales, « en groupe ».

Il y a beaucoup de choses qui font rire les gens mais que moi je trouve triste, ridicule ou pathétique…

Je place la barre de mon idéal assez haut. Je suis une utopiste. Mais je m’autosabote beaucoup.

J’ai besoin de me sentir soutenue et protégée. Surtout au sein de mon couple.

J’ai souvent du mal à regarder mon interlocuteur dans les yeux.

J’ai l’impression que mes pensées ne sont pas toujours structurées. Il m’arrive de partir loin dans mon mental et de m’en rendre compte qu’une fois « revenue sur terre ».  J’ai du mal à lâcher prise. J’ai besoin de tout comprendre, de tout analyser. Je marche au pif, au ressenti, à l’intuitif.

Une question en appelle souvent une autre.

Je ne supporte pas l’injustice.

J’ai besoin que ça fuse avec les gens. Je quitte facilement les relations qui ne m’apportent rien. Ou encore celles que je juge toxiques pour moi.

Je fais parfois preuve d’un « mutisme sélectif ». Sans le vouloir. Je le subis un peu en fait.

J’ai besoin d’un partenaire qui me comprend, et qui m’accepte dans mes particularités, pour me sentir bien dans mon couple et dans ma vie.

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