Déracinée.

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Ma mère est Andalouse. Mon père, français.

Je me suis rendue compte avec le temps que mon entourage avait toujours un peu « renié » mes origines, côté espagnol. Même ma propre famille au final… au titre que mon père était français et que j’étais née en France…

Pourtant, du sang andalou coule bien dans mes veines, à armes égales avec le sang français. Du moins, mathématiquement… potentiellement…

Il est écrit « nationalité française » sur ma carte d’identité. Mais pas dans mon cœur, qui vibre sur du flamenco.

Ces origines sont précieuses et « directes » (je ne les tiens pas d’un arrière grand-oncle du cousin de ma tante), et il n’est pas question d’y renoncer.

Si ma mère était Guadeloupéenne et que ma peau était métisse, tout le monde reconnaitrait d’office mon héritage, voir même, m’associerait davantage à la Guadeloupe !!. Mais voilà, celui-ci ne se lit pas directement sur ma face… je suis blanche de peau, quoique bronzant très facilement. Et pour les gens, si ça ne se voit pas sur vous…

…ils sont bizarres, les gens.

Ma mère est née à San Roque, non loin de Algéciras. Tout en bas de l’Espagne, dans l’Andalousie Arabe. Un autre « tabou » d’ailleurs, l’Andalousie Arabe. Pourtant, tout le monde s’émerveille devant l’Alhambra. Et je ressens aussi très, très fortement ces racines.

Ce presque « manque » d’une vie que je connais assez peu, de pays dans lesquels j’ai tout juste passé quelques vacances… est un peu étrange. Mais je crois aux gènes de souvenirs, pouvant se transmettrent de génération en génération… les miens sont puissants.

Ma mère a émigré avec mes grands-parents, sous Franco.

Elle nous a rapporté sa culture. J’ai beaucoup hérité d’elle et de ma grand-mère, de qui je me suis toujours sentie très proche. De par mon caractère et mon fonctionnement.

Alors vous allez me dire, c’est quoi, un caractère/fonctionnement andalou ?

C’est s’exprimer avec passion. Avec authenticité. Spontanéité. Sans devoir peser ni faire attention à chaque parole prononcée, ou encore prendre dix mille pincettes pour exprimer ce qu’il se passe à l’intérieur de nous. Ça sort. C’est dit. Et les gens en face trouvent cela normal, et ne vous en veulent pas pour un mot plus haut qu’un autre ou une phrase qui n’est pas à leur convenance. Les andalous ne font pas de chichis. Ils ont le sang chaud. Ils sont un peu fougueux. Et c’est juste normal.

En France, et peut-être est-ce à origine de mon mal être en société quelquefois, j’ai ce sentiment de devoir me brider sans cesse. De ne pas avoir le droit d’être qui je suis, sinon, on me le reproche. J’ai donc appris à me poser davantage. Mais dés que je me sens à l’aise, je parle, je parle, je parle. Je parle. Et je parle. Je chante, je ris, j’explose de vie.

Un andalou ne sourit pas timidement, il rit aux éclats.

Il ne pleure pas discrètement, il laisse éclater sa détresse.

Combien de fois m’a-t-on dit par le passé que « j’étais trop »…

… et aujourd’hui on me reproche de ne pas être assez…

Quoi et qui que l’on soit, il y aura toujours une personne, quelque part, pour nous reprocher d’être trop ou pas assez. Alors autant rester soi même.

La famille est très importante là-bas. Les mamans sont protectrices et maternantes. Des louves. Et c’est normal. Pas de « au moins, il tombera pas plus bas », ni de « laisse le faire sa vie » (en parlant de ton enfant de 2 ans…)… non. Si on peut éviter que notre enfant se ramasse, on l’évite, tout simplement, tout naturellement.

On serre nos enfants contre nous. On les embrasse. On les enveloppe d’amour (et de nourriture, ça va de paire ! rires). Pas de distance froide ou sévère. Les gens, les familles d’autant plus, sont très proches.

Par contre, les mamas sont beaucoup plus détendues du slip sur le sujet de la nourriture et du sommeil. «  »Il n’a pas eu son « produit laitier » ? » » « Hein ?? Son quoi ?? Et alors !? » Et les enfants jouent librement jusque assez tard. On ne se prend pas la tête, comme en france, à programmer 50 activités, à devoir dire un mot plutôt qu’un autre, à courir chez le pédiatre ou pédopsy au moindre souci ou a consulter 50 ouvrages… on vie, tout simplement, et les choses se font de façon naturelle, simple, et authentique.

La religion a une place très importante. Vous ne serez pas regardé comme un extra terrestre si vous accrochez des objets religieux ou disposez des statuettes chez vous. En France, c’est comme si les gens avaient peur de cela… parlez de prière, de rituel, de sacrements, et l’on vous demandera bientôt de faire attention et de sortir de votre secte…

Ici, j’ai du mal à m’y retrouver. Après, cela dépend des endroits de la france, et des personnes. Mais dans ma campagne, je ne me sens pas toujours « chez moi ». J’ai réussi, de justesse, à échapper à la maladie locale qui touche près de 97% de la population. A savoir l’alcoolisme. Et c’est déjà ça. -HUMOUR. Quoi que…-

Ici, on m’a toujours reproché de trop me maquiller, ou de ne pas participer aux bals populaires et aux flons flons… aux réunions de parents d’élèves… et autres rassemblements. La vérité c’est que j’ai tout simplement l’impression de ne pas parler le même langage… ni dans le fond, ni dans la forme. Je ressens une distance un peu froide ou hostile, difficile à expliquer. Beaucoup de discussions qui restent en surface, comme si les émotions, les sentiments dérangeaient.

Je pense qu’il n’y a pas de hasard si je me retrouve aujourd’hui à travailler dans une association qui accompagne les migrants.

Je me sens moi même arrachée. Au soleil brulant, aux pucheros, à la mosaïque, au Khôl, à la guitare, aux petites allées blanchies à la chaux avec las abuelas toutes assises le long du mur, dans la rue, à discuter. Je me sens privée des oliviers, de la terre sèche, de la mer, des montagnes, de la langue chantante et enflammée. De ces explosions d’émotions. De la propreté extrême -dans les petits villages, les femmes lavent jusqu’au trottoir devant chez elles et on pourrait manger par terre-. Ici, les gens disent que les enfants peuvent quasiment manger de la terre et que la propreté nuit à l’immunité… « il va faire son immunité, laisse le… » sérieux ?

Je me sens aussi arrachée, du plus profond de mes veines, aux épices, au couscous, aux kaftans, au thé à la menthe, au desert, aux dattes et aux chameaux. A cette langue que j’aime tant, et qu’une petite voix me disait d’étudier au lycée.

Cette petite voix, que j’aurais dû écouter maintes fois…

Je prends donc ce droit de revendiquer mes origines !